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Les restrictions de transfert des joueurs dans l'e-sport et les enjeux juridiques

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Les restrictions de transfert des joueurs dans l'e-sport et les enjeux juridiques

Exemples de consultations et points de vue juridiques fondamentaux

Un gestionnaire d’équipe d’e-sport a demandé conseil concernant les restrictions de transfert dans les contrats, visant à empêcher le recrutement de leurs joueurs par d’autres équipes.
Sur ce sujet, bien qu’une certaine rationalité soit reconnue pour protéger les coûts de formation des joueurs, une analyse minutieuse est nécessaire en raison des garanties des droits constitutionnels japonais et des réglementations japonaises en matière de concurrence.

Environnement juridique entourant les restrictions de transfert

Avec le développement du business sportif, les questions juridiques liées aux transferts de joueurs gagnent en importance plus que jamais auparavant.
En particulier dans le domaine des e-sports, l’expansion rapide du marché et sa globalisation posent de nouveaux défis concernant la réglementation juridique des transferts de joueurs.

Un des points juridiques fondamentaux concernant les restrictions de transfert est la compatibilité avec la liberté de choix professionnel garantie par la Constitution japonaise.
L’article 22, paragraphe 1 de la Constitution japonaise (1947) garantit à tous les citoyens la liberté de choisir leur profession, et ce droit s’étend également aux activités des athlètes.
Par conséquent, des restrictions de transfert excessivement strictes pourraient être considérées comme une violation de ce droit constitutionnel, et leur validité pourrait être remise en question.

Considérations sur le droit des contrats

Examen du point de vue de l’obligation de non-concurrence

Le problème des restrictions de transfert peut être perçu légalement comme une question d’obligation de non-concurrence.
À cet égard, la jurisprudence (affaire Foseco Limited Japan, Tribunal de district de Nara, décision du 23 octobre 1970 (Shōwa 45), Recueil de jurisprudence n°624, page 78) propose un cadre pour évaluer la validité de l’obligation de non-concurrence en considérant de manière globale les éléments suivants.

Premièrement, la légitimité de l’objectif imposant la restriction est examinée.
La protection de l’investissement dans le développement des joueurs par les équipes d’e-sport est considérée comme ayant une certaine légitimité.
Cependant, toute restriction visant uniquement à limiter la concurrence au-delà de cet objectif serait jugée dépourvue de légitimité.

Deuxièmement, le statut et le rôle des joueurs concernés sont pris en compte.
Les restrictions imposées aux joueurs de haut niveau peuvent être jugées différemment de celles imposées aux joueurs en phase de développement.

Troisièmement, la pertinence de l’étendue de la restriction de concurrence est examinée.
La durée, la portée géographique et les modalités de la concurrence sont évaluées pour s’assurer qu’elles ne sont pas excessivement larges par rapport à l’objectif visé.

Quatrièmement, l’existence et la suffisance des mesures compensatoires pour la restriction sont considérées.
Le contenu des avantages concrets offerts aux joueurs, tels que des rémunérations appropriées ou des opportunités de développement, est crucial.

En tenant compte de ces éléments, il est jugé que si les restrictions dépassent une portée raisonnable, elles deviennent nulles pour violation de l’ordre public et des bonnes mœurs (article 90 du Code civil japonais).

Possibilité de résiliation du contrat

Selon la forme du contrat, la possibilité de résiliation par le joueur peut varier.
Si le contrat est structuré comme un contrat de travail, conformément à l’article 627, paragraphe 1 du Code civil japonais, un contrat à durée indéterminée peut être résilié par le joueur après un préavis de deux semaines.

Même pour un contrat à durée déterminée, si le joueur est considéré comme un “travailleur” au sens de la Loi japonaise sur les normes du travail, l’article 14, paragraphe 1 de cette loi interdit les contrats de plus de trois ans, et l’article 137 permet la résiliation à tout moment après un an à compter du début du contrat.

Même si le contrat ne relève pas d’un contrat de travail, la jurisprudence reconnaît la possibilité de résiliation dans les cas suivants.

Dans la décision du Tribunal de district de Tokyo du 18 juillet 2001 (Heisei 13), Recueil de jurisprudence n°1788, page 64, la résiliation est reconnue en cas de circonstances inévitables.
De plus, dans la décision du Tribunal de district de Tokyo du 13 juin 2000 (Heisei 12), Recueil de jurisprudence n°1092, page 199, la résiliation est reconnue par application analogique de l’article 651, paragraphe 1 du Code civil japonais pour un contrat de mandat ou un contrat innommé similaire.
Enfin, dans la décision de la Haute Cour de Tokyo du 25 janvier 2017 (Heisei 29), Recueil de jurisprudence n°2355, page 13, la résiliation est reconnue lorsque la relation de confiance entre les parties est rompue.

Analyse détaillée du point de vue du droit de la concurrence

Tendances des réglementations juridiques mondiales

Une caractéristique des e-sports est leur déploiement à l’échelle mondiale.
Par conséquent, la relation avec les lois de la concurrence de chaque pays devient un élément de considération important.

En Europe, l’arrêt Bosman (Union Royale Belge des Sociétés de Football Association c. Jean-Marc Bosman (Affaire C-415/93) (1995)) constitue un précédent important.
Dans cet arrêt, il a été clairement démontré que la liberté de transfert des joueurs au sein de l’UE est protégée du point de vue de la liberté de circulation des travailleurs selon le droit de l’UE.

De plus, la décision de la Commission européenne de décembre 2017 concernant l’Union internationale de patinage a été remarquée pour avoir clairement démontré l’applicabilité du droit de la concurrence aux restrictions d’activité des athlètes par les organisations sportives.
Cette décision offre également des indications importantes concernant les restrictions d’activité des joueurs dans le domaine des e-sports.

Aux États-Unis, des jugements sur les restrictions de transfert des joueurs dans le cadre des lois antitrust, tels que l’affaire Mackey v. National Football League (543 F.2d 606 (8th Cir.1976)), ont été accumulés.
Ces précédents fournissent des directives importantes sur l’étendue à laquelle les restrictions de transfert sont permises en vertu du droit de la concurrence.

Évaluation du droit de la concurrence au Japon

Au Japon, le rapport du “Groupe d’étude sur les ressources humaines et la politique de concurrence” publié par la Commission japonaise de la concurrence le 15 février 2018 (Heisei 30) a souligné que les restrictions de transfert des athlètes peuvent poser des problèmes en vertu de la loi japonaise sur la prohibition des monopoles.

Le rapport indique les éléments suivants pour juger de la validité des restrictions de transfert.

Premièrement, le contenu et la durée des restrictions ne doivent pas être excessifs par rapport à l’objectif visé.
En particulier, les restrictions qui rendent de facto impossibles les transferts ou les changements de carrière futurs sont évaluées comme ayant des inconvénients extrêmement importants.

Deuxièmement, l’existence et le niveau des mesures compensatoires pour les joueurs sont pris en compte.
Il est crucial de déterminer si une compensation suffisante est offerte en contrepartie des restrictions.

Troisièmement, l’aspect procédural, à savoir si des consultations suffisantes ont été menées avec les joueurs lors de l’imposition des restrictions, est également évalué.

Quatrièmement, il est également pris en compte s’il n’y a pas de traitement discriminatoire par rapport à d’autres joueurs.

Lignes directrices pour la mise en œuvre pratique

Sur la base de l’analyse juridique ci-dessus, lorsqu’une équipe d’e-sport souhaite imposer des restrictions de transfert dans ses contrats avec les joueurs, il est nécessaire de prêter attention aux points suivants :

Tout d’abord, il est crucial de clarifier l’objectif des restrictions de transfert et de les limiter au minimum nécessaire pour atteindre cet objectif.
Concrètement, il faut restreindre la durée et la portée géographique des limitations à un cadre raisonnable, en veillant à ne pas entraver excessivement le développement de la carrière des joueurs.

Ensuite, il est requis de mettre en place des mesures compensatoires appropriées pour les restrictions de transfert.
Celles-ci incluent non seulement des compensations financières, mais aussi la fourniture d’opportunités contribuant à l’amélioration des compétences et au développement de la carrière des joueurs.

De plus, lors de l’établissement des clauses contractuelles relatives aux restrictions de transfert, il est important de mener des consultations approfondies avec les joueurs et de parvenir à une compréhension mutuelle du contenu.
Imposer des restrictions de manière unilatérale peut augmenter le risque de litiges ultérieurs.

Il est également essentiel de réviser régulièrement le contenu des contrats pour maintenir et renforcer la relation de confiance avec les joueurs.
En particulier, il est nécessaire d’adopter une attitude flexible pour ajuster le contenu des contrats en réponse aux changements environnementaux dus au développement rapide de l’industrie de l’e-sport.

Résumé

En ce qui concerne les restrictions de transfert des joueurs d’e-sport, il est nécessaire d’examiner la question sous divers angles juridiques, tels que la garantie des droits constitutionnels, le droit des contrats et le droit de la concurrence.
En particulier, compte tenu des caractéristiques globales de l’e-sport, il est important de prêter attention aux tendances des réglementations juridiques internationales.

Lors de l’établissement de restrictions de transfert, il est crucial de trouver un équilibre approprié entre la protection des intérêts légitimes de l’équipe et la garantie des droits des joueurs.
Des restrictions excessives peuvent non seulement entraîner des risques juridiques, mais aussi diminuer la motivation des joueurs et la compétitivité de l’équipe.

Avec le développement futur de l’industrie de l’e-sport, on s’attend à ce que les problèmes juridiques liés aux restrictions de transfert gagnent en importance.
Chaque équipe doit s’efforcer de gérer correctement les risques juridiques tout en construisant de bonnes relations avec les joueurs.

Managing Attorney: Toki Kawase

The Editor in Chief: Managing Attorney: Toki Kawase

An expert in IT-related legal affairs in Japan who established MONOLITH LAW OFFICE and serves as its managing attorney. Formerly an IT engineer, he has been involved in the management of IT companies. Served as legal counsel to more than 100 companies, ranging from top-tier organizations to seed-stage Startups.

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